Je rêvais d'une vie pleins d'étoiles. Une vie où les contes de fées existaient, où la guerre n'était qu'un mythe. Je rêvais d'oiseaux colorés, chantant avec les chasseurs ; de l'eau et du feu, s'enlaçant ardemment ; des hommes de toutes les civilisations, luttant contre le conformisme en s'acceptant. C'est tellement beau et merveilleux, de rêver d'un rêve ..
Mais voilà, la vie c'est différent. La vie c'est la mort. C'est ne vivre que pour combattre. C'est accélérer dans le mur, et ne plus pouvoir s'arrêter. Mais c'est tout de même bien moi pire que l'amour. La voilà la vraie torture. Il y a amour, et Amour.
L'amour pour les naïfs qui rêvent encore d'un rêve, l'Amour pour ceux qui ont décidé d'arrêter de jouer, en se consacrant à la souffrance. Car l'Amour le plus fort est celui qui n'est pas partagé. J'aurais préféré ne jamais le savoir, mais telle est la vérité : il n'y a rien de pire que d' Aimer quelqu'un qui ne vous aime pas et en même temps c'est la chose la plus belle qui me soit jamais arrivé. Aimer quelqu'un qui vous aime aussi, c'est du narcissisme. Aimer quelqu'un qui ne vous aime pas, ça, c'est de l'Amour. Et c'est là la plus belle souffrance du monde. Si la souffrance est là alors il vaut mieux l'accepter, elle ne disparaîtra pas simplement parce qu'on fait comme si elle n'existait pas. Mais si la joie est là, il vaut mieux l'accepter également, même si on a peur qu'elle finisse un jour. Il y a des gens qui ne parviennent à connaître la vie que par le sacrifice et le renoncement. Il y en a qui n'ont le sentiment de faire partie de l'humanité que lorsqu'ils se croient ''heureux''. Ceci, c'est de l'espoir. L'espoir que demain soit un jour meilleur. L'espoir d'espérer chaque jour a nouveau, que le temps nous accorde la rédemption. Des gens meurent sans l'avoir connue. Ils se retrouvent à jouer seul. L'autre retire ses billes, reprend ses cartes, et eux restent là, comme des cons, devant une partie inachevée... A attendre. Parce qu'ils ne peuvent faire que ça, attendre. Cesser d'attendre, ça voudrait dire que c'est fini. Ils attendent en vain que l'autre relance les dès, ils pensent qu'il leur reste des cartes maîtresses qu'ils n'ont pas encore abattues, et qui changeront le cours de la partie. Mais ils ont perdu. Et moi, j'ai perdu. Non, je suis perdue. La rédemption n'existe pas ; elle est morte avec moi. Ou plutôt, elle meurt en même temps que moi. Vivre sans t'enlacer, c'est comme mourir chaque jour. Je connais la sonorité de ton rire, les inflexions de ta voix, j'étais capable de déterminer quand tu me mentais,mais je ne disais rien. J'ai passé mon temps à ne rien te dire, pour ne pas te blesser, pour ne pas te perdre. Pour ne pas perdre l'Amour. Mais c'est lui qui m'a perdu.. À cette époque je me sentais éternelle, indestructible et, surtout, je croyais pour la première fois de ma vie à l'intégrité, à la fiabilité, à l'éternité d'une relation. Je ne savais pas encore que la nôtre, comme toutes les relations d'amour, s'inscrivait dans le temps, dans une courbe de ton temps qui fléchissait, se creusait jusqu'à se disjoindre de la courbe du mien. Et à présent, l'Amour me manque. A présent, j'ai l'impression d'avoir attendu l'Amour toute ma vie. Je suis impatient. Je brûle le temps, je suis pressé d'arriver au rendez-vous de l'Amour.
L'Amour, c'est l'Autre, les autres, mon père, ma mère, mes amis et amies, ma coiffeuse, le serveur qui ne voit que moi, mon voisin qui aime tant mon rire. Je n'en ai pas assez. Je veux qu'on m'aime, qu'on me le dise, le crie, le répète. Que l'Amour brille dans les yeux, danse dans un sourire, qu'on me caresse jusqu'au bout, jusqu'à m'user. D'où vient ce goût de l'Amour, cette boulimie tendre et insatiable ? Je ne sais pas. C'est sûrement ma nature. J'ai attendu longtemps avant d'entendre " je t'aime ", " je-aime-toi " et personne d'autre. L'ai-je un jour entendu ? Trois mots comme une naissance, une petite bombe au tic-tac inconnu. " Je t'aime ", on me l'a déjà dit, l'amour a été prononcé, finalement. Mes parents m'ont aimée, profondément, silencieusement. Un amour muet, pudique, paralysé. L'amour parental n'avait pas de mots, de gestes, il ne se formulait pas, les enfants ne s'enlaçaient pas. C'était comme ça comme un handicap, une tradition vécue et perpétuée. Moi, je voulais des bisous, des chansons, de la fougue pour y croire, ça n'a pas changé. Le silence, la neutralité douce, les phrases monocordes et les comportements conventionnels de mes parents étaient comme un bandeau sur leur bouche. Un barrage au flot de l'Amour, et je n'ai jamais su la vraie température de l'eau.
Alors j'ai couru l'Amour, comme on cherche un trésor, comme on se cherche, on n'existe pas avant " je t'aime ". Je cours encore.
Merci ma Gaytte ♥